Souvenirs de grossesse… par un papa {Au Pays du Soleil Levant}

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On me questionne aujourd’hui sur mes souvenirs de grossesse. Mes souvenirs de futur papa, bien sûr…non pas que je sois hermaphrodite ! Sincèrement, je dirais que je ne m’en souviens que très vaguement.

Mais je veux bien consentir à te répondre en illustrant 3 souvenirs qui traversent mon esprit à l’instant présent.

1er souvenir : je suis vivant et heureux

Un jeudi 8 mai, par un beau matin de printemps, fut le jour où j’appris que j’allais être père. Un souvenir mémorable, car je fus envahi d’un curieux sentiment de plénitude. Joie béate, soudain bonheur paisible, convaincu inévitablement de cette évidence que j’allais être père. Léger, nullement inquiet, sans jubilation extrême. Je répète, à qui ne voudrait l’entendre : j’étais heureux. Je crois bien avoir tutoyé à ce moment précis le bonheur, ressentant donc cette joie intérieure dénuée de toute effervescence jubilatoire.

J’étais bien. En paix. Fort. Tranquille. Conscient. Les yeux souriant au ciel, je savourais cette fusion mystique avec l’univers qui me traversait d’une énergie solaire. À jeun, mais rassasié. Je n’éprouvais ce matin-là aucune envie, aucun besoin.    

Je passe sur les inquiétudes personnelles et unanimement partagées des jours et semaines qui suivirent : sera-t-il (ce bébé) en bonne santé, beau, me ressemblera-t-il… surtout faites (à qui m’adresse-je ?) qu’il soit en bonne santé, et beau gosse. Oui, beau gosse, c’est important.

2e souvenir : il/elle est vivant(e) et heureux(se) ?

Un après-midi d’octobre (pour être franc, je l’ignore complétement), ma belle et tendre moitié me convoque expressément pour me signifier que notre petite fille (oui, c’est une fille) se met à danser dans sa tente de vie. J’appose ma main sur ce ventre parfaitement rond (que c’est beau, un ventre rond), le plus délicatement possible, et ressens les coups portés par cette petite nageuse. Comment oublier ce 1er contact physique avec sa chair ? Chaque père se souvient, j’en suis sûr, de la sensation que cette caresse procure. Trois épidermes qui se frôlent, se touchent, se parlent et se mêlent. Je suis heureux, mais craintif. Le coup porté est fort, mais sa jambe doit être si fragile, l’effort, éprouvant. Je prends conscience alors du miracle à venir, mais aussi de la fragilité d’une vie de quelques semaines, d’un corps qui se forme et qui se fait. Et, naturellement, je témoigne ici d’un sentiment qui manifeste une absence totale de considération pour la mère en souffrance, victime de ce 1er cas de violence familiale.

Je plaisante. Nous nous regardâmes, bien-sûr, muets et souriants, attendant chacune de ses frappes.

Je passe sur la beauté d’une mère caressant son ventre, aussi. Ces souvenirs d’une poésie rare m’appartiennent, et me rappellent que les femmes ne sont jamais aussi maternelles qu’à ces instants.

3e souvenir : il/elle est bien vivant(e) ?

Les choses sérieuses commencent, l’accouchement a débuté. Mon éducation judéo-chrétienne prend le dessus dès les 1ères minutes, dans un acte théâtral majestueux de sincérité : je suis solidaire de la souffrance progressive de mon épouse. Bien élevé, je compatis, j’accompagne, je supporte, je rassure, j’encaisse. Mais là n’est pas ma véritable préoccupation. En mon faible intérieur, je ne réclame qu’une chose : donne-moi ce beau et sain bébé ! Pousse, mais pousse bien. Pousse droit. Pousse relâchée. Ne me l’abîmes pas !! Cries, transpires, jures, trembles, agaces-toi, mais donne-moi ce beau bébé !! Elle le fera quelques heures plus tard, aux aurores d’un mercredi de janvier. Le divin enfant est né. En bonne santé et belle gosse.

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